La démarche de recherche action : une rupture épistémologique

Texte initialement paru dans Patrick Obertelli et Richard Wittorski (dir.), Les questions de démocratie dans les transformations du monde actuel, Champ social, Nimes, 2019.

Introduction

Ce texte montre que la recherche action a été voulue par son « inventeur » Kurt Lewin comme une nouvelle manière de définir la recherche scientifique proposée à partir des sciences humaines, anticipant de la sorte ce que T. Khun (1972) nommera vingt ans plus tard, une « révolution scientifique » due à un changement de paradigmes.

Dans un premier temps, nous retracerons l’historique de cette volonté telle qu’elle s’exprime à travers la vie et les publications de K. Lewin en montrant ses audaces et les ruptures qu’elle introduit vis à vis de ce qu’était la recherche à cette époque. Nous noterons que, très vite après la disparition prématurée de Lewin, cette volonté d’associer la recherche fondamentale à l’action n’a été retenue et reconnue comme la caractéristique majeure de la recherche action, que par un certain nombre de ses successeurs qui constitueront un courant parmi d’autres se réclamant également de la recherche action.

Nous rappellerons ensuite les réponses inventées et expérimentées par les chercheurs de ce courant pour résoudre les difficultés rencontrées au cours des recherches actions conduites durant les quatre décennies qui ont suivies son apparition. Ces réponses ont abouti à un mode spécifique que nous appellerons la démarche de recherche action (DRA) et nous montrerons qu’elle est une voie de transformations démocratiques des systèmes socio-techniques.

Nous examinerons ensuite pourquoi à l’heure actuelle sous le vocable de recherche action on trouve une grande diversité de démarches et discuterons des potentialités et des dangers que suscite cette diversité. Enfin, nous évoquerons en conclusion, les interrogations et les perspectives épistémologiques et praxéologiques que propose la DRA qui est en rupture avec les démarches de recherche qui sont, encore de nos jours, reconnues seules comme légitimes par les institutions du monde académique.

I. La recherche action comme nouvelle démarche de la connaissance scientifique

I.1. Kurt Lewin et sa posture de chercheur

Il est intéressant de remarquer que K. Lewin a pratiqué dans sa posture de chercheur la recherche action avant de la définir. Citons pour illustrer ce que nous avançons deux faits majeurs de sa biographie. En 1914, à 24 ans, Lewin s’engage comme volontaire dans la première guerre mondiale, il tirera de son expérience vécue des tranchées, — qu’il vit comme soldat et non comme simple promeneur —, le sujet d’une étude montrant que la perception d’un paysage dépend des attentes, des émotions et des motivations de l’individu. Cela le conduira par la suite, à travers l’utilisation de la notion de champs de forces appliquée à la psychologie, à montrer que le comportement et le développement d’un individu est déterminé par la situation totale qui inclut sa personnalité P et l’environnement E dans lequel il se trouve, P et E étant eux mêmes liés.

En 1933, Lewin doit s’exiler en Angleterre puis aux Etats-Unis à cause de la montée du nazisme en Allemagne. Cette nouvelle expérience lui fera quitter l’étude de la psychologie individuelle pour la psychologie sociale, ce qui l’incitera à étudier les problématiques des transformations sociales dans le cadre éthique des valeurs démocratiques, et le conduira au seuil de la recherche action.
Deux caractéristiques essentielles de la recherche action se manifestent dans cette posture de recherche, 1) partir de problèmes concrets, ceux de la vie de tous les jours, comme sources et terrains d’étude, 2) lier la recherche à l’action : l’action —s’engager, s’exiler—, suscite la recherche, modifie son orientation, sa pratique et ses fondements.

I.2. La rupture épistémologique.

Plus précisément, la rupture épistémologique de K. Lewin avec la science positiviste, s’affirma lorsqu’il commença ses études de psychologie sociale aux Etats-Unis. Il reprit deux notions fondamentales de la Gestalt Théorie qui avait constitué le cadre conceptuel de ses travaux en Allemagne : celle de « globalité » et celle de « relation dynamique ». La notion de globalité postule que le tout est autre chose, et quelque chose de plus, que la somme de ses parties (Guillaume 1979). Il constitue donc une réalité au même titre que ses éléments. Kurt Lewin appliquera cette notion aux systèmes sociaux et il établira que le groupe est autre chose que la somme des individus qui le composent (Lewin, 1943), ce qui n’était pas une évidence scientifique à cette époque.
La notion de relation dynamique signifie qu’une partie dans un tout est autre chose que cette partie isolée ou dans un autre tout, à cause des propriétés qu’elle tient de sa place et de sa fonction dans chacun d’eux (Guillaume,1979). Elle est la caractéristique propre de la forme. Cette notion conduit Kurt Lewin (1947a) à définir les « propriétés structurelles » (structural properties) qui sont caractérisées par des relations entre les parties plutôt que par les parties ou les éléments eux-mêmes.
Ces deux notions vont aider Lewin dans l’élaboration progressive d’une nouvelle démarche dont la nécessité se fait sentir dans les recherches qu’il mène sur le terrain. Tout d’abord, l’idée de globalité va le pousser à étudier des unités sociales de tailles de plus en plus grandes, lorsque c’est à ces niveaux que résident les phénomènes pertinents pour la recherche envisagée :

« La manière avec laquelle un agent de maîtrise traite ses ouvriers peut être déterminée par un conflit entre le syndicat ouvrier et la direction (…). Dans ce cas, un changement dans les relations entre syndicat et l’encadrement sera un préalable pour tout changement significatif dans le comportement du contremaître. Un tel exemple montre clairement que la taille de l’unité sociale qui doit être envisagée pour des solutions théoriques ou pratiques d’un problème social n’est pas un choix arbitraire laissé à l’initiative du psychosociologue. » (Lewin 1943)

Ce faisant, Lewin prend conscience du nombre et de la variété des aspects à prendre en compte pour effectuer une approche globale. « La variété des faits que le psychosociologue doit traiter peut sembler réellement effrayante même pour un esprit scientifique audacieux ». (Lewin 1939) Ces faits comprennent des valeurs, des idéologies, des problèmes sociologiques, par exemple : les structures de groupes, leur degré de hiérarchisation et leur type d’organisation, ou encore des problèmes tels que la différence entre une communauté urbaine ou rurale. Ils comprennent aussi des problèmes dits « psychologiques », des faits physiologiques tels que la santé de la personne, ou la couleur de sa peau. Ils comprennent enfin des faits physiques. La complexité que représente la prise en compte des multiples aspects existant dans les unités sociales de grande taille n’effraie pas Lewin. La Gestalt postule en effet qu’il est possible de saisir une situation globale à travers un nombre limite d’éléments structurels (pattern), plutôt qu’à partir d’une description détaillée de tous ses éléments. La totalité peut être appréhendée par des approximations successives :

« Plutôt que de prendre des faits isolés et d’essayer ensuite d’en faire la synthèse, on doit prendre en compte et décrire la situation totale dès le départ. L’approche par la théorie du champ implique dès lors une méthode d’approximation graduelle qui, par réitération, peut conduire à des descriptions de plus en plus spécifiques. Prendre des faits isolés dans une situation peut conduire facilement à une image fausse. Une représentation globale peut et doit être, à l’opposé correcte pour ce qui est essentiel à quelque degré que ce soit de précision. » (Lewin 1939)

La seconde notion de la Gestalt, la notion de relation dynamique induit chez Lewin l’idée que la recherche doit procéder par une approche de reconstruction dynamique. Cette approche, qu’il fait dériver de la définition génétique des Grecs, représente un changement par rapport à une méthodologie de classification basée sur les similitudes et les différences. Elle cherche à relier les objets suivant la manière dont ils peuvent être produits ou se déduire les uns des autres par transformation : « Je pense qu’il est vain d’espérer relier les différents problèmes de la psychosociologie d’une manière satisfaisante en utilisant des concepts de classification comme celui du système linnéen en botanique. Au contraire, la psychosociologie devra utiliser une approche de reconstruction. Ces constructions n’expriment pas de similarités phénotypiques, mais des propriétés dynamiques » (Lewin 1939). La reconstruction dynamique est une méthode qui permet d’atteindre les propriétés structurelles. Toutefois une reconstruction dynamique ne peut être obtenue ni validée à travers des observations. Elle exige des expérimentations. Lewin assigne au chercheur un rôle d’expérimentateur qui doit modifier la réalité sociale afin de la connaître. C’est ainsi qu’il dit à propos des études sur le leadership :

« Tant que le chercheur se contente de décrire ce qu’est une forme de leadership, il peut être sujet à des critiques stipulant que les catégories qu’il utilise reflètent simplement ses vues subjectives mais ne correspondent pas aux propriétés réelles du phénomène étudié. Si le chercheur met en place des expériences où les formes de leadership varient, il s’appuie sur une définition opérationnelle qui relie le concept "forme de leadership" à des procédures concrètes qui permettent de créer cette forme de leadership ou à des procédures permettant de tester son existence. On établit la réalité à laquelle se réfère un concept en agissant sur elle plutôt qu’en l’observant et cette réalité devient indépendante des éléments subjectifs de classification. Le progrès de la physique d’Archimède à Einstein montre les étapes successives par lesquelles cet aspect pratique de la procédure expérimentale a modifié et parfois révolutionné les concepts scientifiques concernant le monde physique en changeant les croyances des savants à propos de ce qu’est et de ce que n’est pas le réel. » (Lewin 1947a).

Notons que dans toutes ses affirmations, Lewin propose des paradigmes en rupture avec le positivisme pour les sciences humaines et sociales et que dans la dernière, il inclut toutes les sciences (y compris la physique) dans cette révolution scientifique.

Comment réaliser cette expérimentation ? Dans certains cas, Lewin pense qu’il est possible de transposer l’étude des phénomènes de grands groupes dans des groupes de plus petite taille :

« Si la configuration générale (pattern) du champ total est plus importante que, par exemple, le nombre des individus concernés, il devient possible d’étudier des constellations sociales fondamentales en les transposant dans un groupe de taille appropriée. »

Toutefois, même s’il lui semble possible d’étudier certains problèmes de société dans des petits groupes de laboratoire créés artificiellement, Lewin cherche très vite à développer des pratiques de recherche qui permettent de faire des expériences réelles dans des groupes « existant naturellement » :

« Bien qu’il soit possible d’étudier certains problèmes de société à travers des petits groupes de laboratoire créés pour la durée de l’expérience, nous devons aussi développer des techniques de recherche qui nous permettent de réaliser des expériences réelles dans des groupes sociaux naturels. Pour moi, l’importance théorique et pratique de ces types d’expériences est de premier ordre. Le fait qu’on ne pourra répondre aux questions fondamentales de la sociologie sans expérimenter au sens strict du terme dans ces groupes, apparaît évident même à ceux qui croient qu’une telle expérimentation ne sera jamais possible ». (Lewin 1944).

Dès cette époque, en 1943-1944, Lewin a défini l’essentiel de la recherche action, même s’il ne la dénomme pas encore « action-research » ; ce qu’il fera dans des notes manuscrites qui seront publiées en 1947 après sa mort.

Nous avons longuement cité K. Lewin pour démontrer que son intention n’était pas de définir une méthode parmi d’autres dans le domaine des sciences humaines et sociales, mais de proposer une manière différente de construire les connaissances, c’est à dire de développer toutes les disciplines scientifiques. Voici l’introduction de ses deux derniers articles qui situe ses intentions en 1947 :

« Un des produits inattendus de la seconde Guerre mondiale, dont la société est peu consciente est le nouvel état de développement que les sciences sociales ont atteint. Ce développement peut être vraiment aussi révolutionnaire que la bombe atomique. (…) En allouant des ressources sans précédent, et en demandant des solutions réalistes et applicables aux problèmes scientifiques, la guerre a grandement accéléré le changement des sciences sociales vers nouveau niveau de développement. Les aspects scientifiques de ce développement se situent autour de trois objectifs :

  1. Réaliser l’intégration des sciences sociales
  2. Passer de la description des corps sociaux aux problèmes de la dynamique du changement social
  3. Développer de nouveaux instruments et outils pour la recherche en sciences sociales

Le progrès des théories a rarement été au même rythme que celui du développement des techniques. Il est, cependant, aussi vrai pour les sciences sociales comme pour les science physiques et biologiques que sans avancées conceptuelles, la connaissance science ne peut aller au delà d’une certaine étape. Ce développement théorique doit progresser rapidement, si les sciences sociales veulent atteindre le niveau d’utilité pratique dont la société a besoin pour gagner la course contre les capacités destructives qui ont été libérées par l’utilisation humaine des sciences de la nature ». (Lewin 1947a)

I.2. Recherche et action sociale.

Dans son ultime article qu’il n’aura pas le temps d’achever, Lewin s’interroge sur les problèmes de « l’action sociale planifiée ». Il désigne par ce terme un changement intentionnel qui vise à modifier le comportement d’une unité sociale ou d’une fraction de population, comme par exemple, le changement des habitudes alimentaires qu’il a effectué (Lewin 1943). Pour Lewin, la difficulté majeure pour mener à bien ce type d’action, réside dans le diagnostic des situations de départ et dans l’évaluation des progrès vers l’objectif recherché :

« Dans de nombreux domaines de l’action sociale, comme par exemple ceux qui traitent des problèmes de minorités, d’éducation, de conduite de réunions, nous manquons de repères nous indiquant où nous sommes, dans quelle direction nous allons, à quelle vitesse ?... Dans un champ qui ne possède pas de repères objectifs, il ne peut y avoir d’apprentissage. Si nous ne pouvons juger si une action nous a menés en avant ou en arrière, si nous n’avons pas de critère pour évaluer la relation entre l’effort et la réalisation, rien ne peut nous empêcher de tirer des conclusions fausses et d’encourager des habitudes de mauvais travail. » (Lewin 1947 b)

Afin d’éviter ces écueils, Lewin propose de mettre en œuvre une recherche expérimentale qui évaluera les résultats de l’action sociale proprement dite. Lewin identifie cette recherche expérimentale d’évaluation aux phases de reconnaissance d’une action militaire. Celles-ci doivent intervenir avant l’action pour reconnaître les positions de l’ennemi et après l’action pour mesurer les résultats. Cette recherche expérimentale doit être liée organiquement à l’action de changement elle-même, car elle doit intervenir en temps voulu. Aussi, est-il nécessaire pour mener une action sociale efficace que l’étude des effets du changement fasse partie de l’action de changement elle-même :

« Une manière efficace de diriger l’action sociale présuppose que soient développées des méthodes de recherche qui permettent de déterminer de manière satisfaisante la nature et la position des objectifs sociaux ainsi que la direction et le déplacement qui résultent d’une action donnée. Pour être effectives, ces méthodes doivent être liées à l’organisation de l’action. Elles doivent être le système d’information qui relie la partie évaluative de l’organisation à celles qui mettent en œuvre l’action ». (Lewin 1947 b)

C’est dans cette association entre recherche et action que Lewin voit les recherches futures « nécessaires pour l’action sociale » : « C’est un type de recherche action (action research), une recherche comparative sur les conditions et les effets de différentes formes d’action sociale et une recherche qui mène à l’action sociale. Des recherches qui ne produisent rien d’autre que des livres ne suffisent pas. Cela n’implique en aucune façon que la recherche nécessaire soit moins scientifique ni moins noble que ce qui serait demande pour la science pure dans le champ des événements sociaux. Je pense que c’est le contraire qui est vrai. » (Lewin 1947 b). En conclusion à son article, Lewin énumère quelques unes des difficultés que le chercheur devra affronter dans ce nouveau domaine :

« Il devra apprendre à comprendre comment les aspects scientifiques et les aspects moraux sont fréquemment mêlés dans les problèmes et néanmoins proposer des approches scientifiques pour ces problèmes. Il devra regarder avec réalisme les problèmes de pouvoir qui sont la texture même des questions qu’il étudie, sans devenir l’esclave d’intérêts particuliers... Le problème est que nos valeurs, nos objectifs et l’objectivité ne sont nulle part plus intimement mêlés et plus importants que dans la recherche-action. Cette recherche est une recherche d’équipe. Elle demande la coopération des personnes qui mènent l’action et de celles qui enregistrent et mesurent les différents aspects de cette action. On ne pourra jamais donner trop d’importance à l’esprit de coopération et de responsabilité sociale pour la recherche sur les processus dans les groupes. Il est également important, pour moi, que le même esprit de coopération domine les relations entre les institutions qui heureusement, s’engagent dans ce domaine. » (Lewin 1947b)

I.3. La mise en œuvre de la recherche action par les successeurs de Lewin

Nous avons décrit (Liu M. 1997) l’évolution des successeurs de ce courant, qui aux Etats Unis, en Angleterre, en France et en Norvège, ont rejoint ou se sont reconnus comme praticiens de la recherche action entre les années 1950 et 1990. Ces chercheurs se sont heurtés à des obstacles dans la réalisation des recherches actions, prévus par Lewin, mais avec un degré d’intensité beaucoup plus élevé, car sortir du milieu protégé qu’est le laboratoire pour expérimenter dans la vie courante présente le même degré de difficultés qu’il existe entre expérimenter avec une maquette de bateau sur un bassin d’eau et naviguer en plein océan sur un voilier affrontant les calmes plats et les tempêtes. Nous ne reprendrons pas ici cet historique, mais présentons ci-après les réponses à ces obstacles qui ont été élaborées « sur le terrain » et qui ont des impacts épistémologiques et méthodologiques

I.3.1. La résolution des dilemmes posés par les impératifs antagonistes de la recherche et de l’action

R.N. Rapoport (1970) apporte une contribution définitive à la résolution des antagonismes qui se manifestent entre les impératifs de la recherche et ceux de l’action. Il affirme tout d’abord que la recherche-action n’est pas une étude de cas, décidée par un commanditaire qui a un problème à résoudre :

« La recherche-action est un type de recherche sociale appliquée, différant des autres types par le caractère immédiat de l’implication du chercheur dans le processus de l’action. Certains chercheurs en sciences sociales ont différencié la recherche-action du domaine plus vaste de la recherche appliquée, par l’existence d’un client ayant un problème à résoudre. Le chercheur dans ce contexte devient ce que Bennis (1969) appelle un agent de changement. Bien que ceci décrive certainement un aspect ou une forme importante de la recherche-action, ce n’est pas une définition adéquate pour trois raisons : Premièrement, elle tient pour résolues les questions éthiques et idéologiques posées par la recherche-action ; deuxièmement, elle ne rend pas compte de l’intérêt du chercheur pour la recherche, mais seulement de celui du client ; et troisièmement, elle localise trop exclusivement les initiatives chez le client ».

En effet, la dualité des participants et celle des finalités de la recherche et de l’action créent trois types de dilemmes spécifiques : 1) les dilemmes d’éthique, 2) les dilemmes de définition d’objectifs, 3) les dilemmes liés à la prise d’initiatives. Les dilemmes éthiques naissent parce que la recherche-action met en jeu des personnes humaines. Ils viennent aussi du fait que les deux parties : les chercheurs d’un côté, les clients de l’autre, ont à propos des finalités du système social sous étude des vues différentes : « L’obligation première du client de réaliser des profits au bénéfice des propriétaires de la compagnie pose quelques problèmes d’ordre éthique... lorsqu’elle entre en conflit avec les intérêts du personnel de l’entreprise ou l’intérêt public ». Les dilemmes d’objectifs proviennent de la nature même de la recherche-action :

« Les dilemmes d’objectifs sont inhérents à la recherche-action car …, les deux maîtres d’œuvre de la recherche-action (le système client et la communauté scientifique) tendent facilement à se séparer. »

Ce dilemme se manifeste, par exemple en terme de la durée des recherches : « Dans la plupart des situations in vivo de prise de décision, l’intervalle de temps entre la définition d’un problème et la publication des résultats de recherche soignés est trop long pour que la plupart des clients orientés vers l’action puissent le supporter... » Les dilemmes d’initiatives apparaissent souvent autour de la définition du problème à résoudre :

« On a découvert et élaboré dans beaucoup de travaux que le problème présenté (par le client) pouvait ne pas être le plus important de ceux sur lesquels on devait travailler. Le client devait à un moment donné du processus transformer sa perception du problème à partir de la formulation initiale vers une autre formulation, au fur et à mesure que le chercheur conduisait son diagnostic et ses études sur les possibilités. »

Pour Rapoport, il s’agit là en fait de faux dilemmes, mais de vrais problèmes. Ceux-ci peuvent se résoudre si l’on maintient fermement la volonté de laisser les deux exigences d’action et de recherche coexister et développer toutes leurs potentialités au sein de la recherche-action. C’est cette volonté qui donne à la recherche-action son originalité, tant vis-à-vis de la recherche théorique que de l’action.

« A partir de nos expériences et de nos orientations théoriques, le type de recherche-action que nous conseillons tend à optimiser à la fois la résolution des problèmes pratiques de l’homme et les intérêts intellectuels de la communauté des sciences sociales. Ces intérêts sont fondamentalement liés. Par conséquent, la résolution des "dilemmes" qui apparaissent aux points où des divergences sont rencontrées, est une partie importante de la recherche-action ».

Rapoport propose alors une définition de la recherche action qui met l’accent sur son caractère dual :

« La recherche-action vise à apporter une contribution à la fois aux préoccupations pratiques des personnes se trouvant en situation problématique et au développement des sciences sociales par une collaboration entre chercheurs et usagers qui les relie selon un schéma éthique mutuellement acceptable ».

I.3.2. Une nouvelle manière de formuler les problèmes

Pour pouvoir expérimenter dans la vie réelle, les chercheurs-acteurs ont reconnu qu’ils devaient prendre en compte des caractéristiques des problèmes qui jusqu’alors ne l’étaient pas, ce qui les amenait à formuler les problèmes d’une nouvelle manière. Cette formulation conduit à la mise en évidence d’une classe de problèmes spécifiques que nous appellerons les problèmes de situation, car ils prennent en compte les traits singuliers et concrets de la situation qui leur a donné naissance. Ces problèmes sont très différents des problèmes théoriques ou des problèmes strictement techniques. Il est de première importance pour ceux qui cherchent à les résoudre d’en reconnaître les caractéristiques et d’en tenir compte. Ces caractéristiques sont les suivantes :

A) Les problèmes qui apparaissent au cours d’une recherche-action sont des problèmes concrets liés à une situation, qui se manifestent à travers des symptômes.

Cela impose au chercheur qui veut s’attaquer à leur résolution d’effectuer un diagnostic de la situation qui lui permettra de remonter des symptômes aux problèmes. Pour effectuer ce diagnostic, il devra obtenir des informations de la part des usagers, ce qui requiert leur coopération. Dans les faits, le diagnostic sera d’autant plus pertinent que les informations données seront nombreuses et précises. Ainsi, dès l’origine, on s’aperçoit que la participation des usagers est requise et que de la qualité de cet engagement dépendra l’exactitude et la précision de la formulation des problèmes. Remarquons en outre, que les problèmes découverts ne seront pas définis pour des fins d’étude, mais que c’est l’étude qui devra s’accorder aux problèmes tels qu’ils sont. Notamment ces problèmes ne s’énonceront pas nécessairement suivant une représentation de la réalité divisée selon les catégories des disciplines académiques. Ils révéleront une situation problématique où les questions posées seront multidisciplinaires, ou plutôt a-disciplinaires.

B) Les problèmes ne sont pas statiques mais évoluent

Un dysfonctionnement peut en entraîner un autre, avoir des conséquences qui induisent des comportements dont la résultante peut créer d’autres dysfonctionnements, etc.. Cette évolution peut être parfois tellement rapide qu’elle est impossible à suivre. Il en sera ainsi dans les situations de crises aiguës. Cependant, dans la majorité des autres cas, le diagnostic sera possible. Toutefois, il ne faut jamais oublier que le problème peut évoluer alors que l’on est en train de travailler à sa solution. Ce dernier point entraîne plusieurs conséquences importantes : 1) Ces problèmes sont rarement résolus une fois pour toutes. La complexité des situations et leur évolution continue font souvent que la solution apportée à un problème ne résout que partiellement la situation problématique et peut en faire surgir un autre. Ce cycle peut se renouveler plusieurs fois. 2) Il n’est pas possible de rassembler a priori toutes les informations nécessaires à la solution. Le problème évoluant, on ne peut connaître au moment du démarrage de l’étude que certains de ses aspects. De plus, si l’on souhaite réaliser des solutions adaptées, il est nécessaire de faire intervenir des informations très nombreuses, localisées en de multiples endroits ou possédées par de nombreux acteurs. Enfin, souvent la nécessité de certaines données n’apparaît que lorsque l’on a déjà progressé dans l’élaboration de la solution.

C) Les solutions que l’on apporte aux problèmes concerneront les usagers directement dans leur vie quotidienne

Ces personnes seront donc extrêmement sensibles aux avantages et aux inconvénients que ces solutions leur apporteront. Par voie de conséquence, elles sont intéressées au premier chef à l’élaboration des solutions et elles s’y engageront dans la mesure où elles estimeront qu’elles peuvent avoir une influence sur les décisions à prendre et que cet engagement ne présente de danger majeur ni pour elles, ni pour leurs intérêts. Cette caractéristique renforce la nécessité d’une participation des usagers au processus de mise en œuvre des solutions.

D) Les solutions ne peuvent pas être imposées aux usagers

Dans le domaine social, une solution que tous les usagers rejetteraient unanimement n’aurait que peu de chances d’être appliquée. Toute solution doit être acceptée pour réussir, car les usagers devront pour une part plus ou moins importante, mais essentielle, les mettre en œuvre.

E) La conception et la mise en œuvre d’une solution doivent être cohérentes avec les objectifs qu’elle cherche à accomplir et avec les valeurs qu’elle défend

Pour illustrer la première de ces caractéristiques, nous dirons qu’une institution qui souhaiterait développer l’autonomie chez ses membres ne pourrait le faire en utilisant la contrainte car elle serait taxée d’incohérence ou de manipulation. Pour expliquer la seconde, nous dirons qu’une organisation désirant fonder son fonctionnement futur sur la transparence des informations, ne peut réaliser cet objectif par des pratiques obscures, car cette contradiction ruinerait la crédibilité que ses membres accorderaient à l’objectif proclamé.

F) Les solutions doivent tenir compte des intérêts et des objectifs contradictoires et légitimes qui devront coexister dans le système où elles doivent être mises en œuvre

Toute institution comprend des individus qui poursuivent des objectifs différents et ont des intérêts divergents voire antagonistes, mais qui peuvent être tous nécessaires et légitimes pour l’accomplissement de la mission de l’institution. Il suffit de prendre l’exemple des fonctions de fabrication et de contrôle qualité dans une usine pour justifier notre propos. L’une produit, l’autre limite ce qui est produit, mais si une de ces fonctions disparaît, c’est l’équilibre et le fonctionnement de l’entreprise qui sont menacés. Cette caractéristique existe dans tout système social qui doit être construit en vue de la coexistence d’objectifs parfois contradictoires.

Les problèmes de situation tiennent compte de toutes les conditions locales singulières qui sont pertinentes à la réalisation du changement, à ce titre on peut dire qu’ils relèvent d’une approche holistique. Ils tiennent compte également du fait qu’ils concernent des personnes humaines lucides, concernées par les solutions apportées et désireuses pour certaines d’entre elles de s’engager dans la recherche de ces solutions. Ces caractéristiques amènent à s’interroger sur leurs modes de résolution.

I.3.3. Les caractéristiques d’un mode de résolution adapté à la spécificité des problèmes

Les caractéristiques que nous venons de déterminer imposent un certain nombre d’exigences au mode d’élaboration et de mise en œuvre des solutions. Si on veut que celles-ci soient optimales, il faut que l’approche adoptée :

  • soit souple, itérative ; admette facilement des corrections pendant toute la durée de sa résolution, faute de quoi elle ne pourra suivre l’évolution des problèmes ; pour cela elle doit se doter de la possibilité de savoir, à chaque étape, où elle en est de l’accomplissement de ses finalités
  • puisse réactualiser rapidement les données sur lesquelles sont fondées ses études, afin de pouvoir disposer des informations pertinentes, au fur et à mesure qu’elles se révèlent nécessaires ;
  • sache utiliser les informations, les savoirs, l’expérience des usagers et suscite leur intérêt, afin qu’ils soient incités à participer à la recherche des solutions ;
  • réalise des solutions efficaces, pratiques, qui deviennent rapidement familières aux usagers ;
  • aboutisse aux meilleurs arbitrages entre les objectifs divergents et à des compromis acceptables entre les intérêts antagonistes ;
  • soit en elle-même une démarche d’expérimentation qui permette aux chercheurs d’élaborer et d’accumuler des savoirs, et simultanément, une démarche d’apprentissage qui permette aux usagers d’être en mesure de résoudre par eux-mêmes les problèmes d’adaptation futurs qui se manifesteront.
  • Ces caractéristiques constituent des critères qui permettent d’évaluer les méthodes de résolution de problèmes de changement social.

II. La démarche de recherche action

II.1. Une nouvelle catégorie de savoir faire

Nous venons de voir que le mode traditionnel de résolution des problèmes ne s’appliquait pas aux problèmes soulevés par la recherche-action, précisément parce que ce mode ne tient pas compte de la présence d’acteurs ni de leurs préférences dans la recherche de solutions. Cela nous ramène à la problématique générale à laquelle ont été confrontés les chercheurs-acteurs : comment définir des modalités d’action efficaces qui s’accordent avec le respect de la liberté des acteurs ? Cette question nous a conduit à effectuer une analyse critique des différents savoir-faire existants en les examinant selon les caractéristiques du tableau 2-2.
L’analyse des différents modes de savoir-faire existants, nous montre en effet, que ceux-ci peuvent se ranger en trois grandes catégories : les recettes ou modes opératoires, les techniques et les méthodes.

Examinons chacune d’elles.

II.1.1. Recette ou mode opératoire

Le terme « recette » pris dans le sens de « mode opératoire » est une description d’une suite d’activités qui lorsqu’elles sont fidèlement effectuées procurent un résultat prévu. Cependant, on n’exige pas d’une recette qu’elle fournisse l’intelligibilité des enchaînements qui conduisent de la séquence d’activités au résultat. On dit des recettes qu’elles sont empiriques et les modes opératoires n’ont pas besoin d’être compris par ceux qui les exécutent. Un mode opératoire est strictement relié à un résultat unique. Une erreur dans l’exécution du mode opératoire compromet en général le résultat. Une recette est le résultat de l’expérience, c’est-à-dire d’une suite d’essais et d’erreurs qui conduisent peu à peu à l’obtention du résultat. Une recette n’est pas totalement infaillible, mais elle est permanente, universelle, et objective, c’est-à-dire qu’elle ne dépend pas du lieu ou du moment où on la réalise, et que d’une certaine manière, elle est largement indépendante des caractéristiques internes de la personnalité de celui qui applique la recette. Par contre, elle peut dépendre d’aptitudes à acquérir par entraînement

II.1.2. Technique

Par rapport à la recette, une technique provient d’un ensemble de connaissances qui sont intelligibles. Elle est dérivée d’une science technique qui est elle-même en liaison avec une science fondamentale. Ces liaisons « expliquent » la technique. Celui qui possède ces connaissances, comprend pourquoi elle opère, il lui est donc possible d’effectuer un diagnostic, par exemple lors de la défaillance d’une machine. La technique appartient au monde déterministe. Elle conduit à un résultat nécessaire à partir de conditions qui sont suffisantes pour que le résultat soit atteint. Une technique a une validité permanente, universelle et objective. Pour maîtriser une technique la possession de compétences est nécessaire, une technique ne peut être acquise que par l’enseignement et l’entraînement. L’expert est la figure de l’individu qui maîtrise un état avancé de savoir technique. Signalons que certaines techniques donnent non seulement le résultat mais aussi les marges d’incertitude à l’intérieur desquelles ce résultat sera atteint.

II.1.3. Méthode

Une méthode est un ensemble de règles réfléchies et expérimentées qui si elles sont soigneusement appliquées, garantissent la validité des résultats obtenus vis-à-vis d’un certain nombre de critères. Ainsi, une méthode scientifique garantira à celui qui l’applique que les résultats obtenus seront reproductibles et valides, mais elle n’en garantit pas la pertinence de la solution obtenue par rapport à la finalité de la recherche. Une méthode ne prévoit pas le contenu du résultat, elle en garantit seulement la validité par rapport à ces critères préétablis. Une méthode est universelle, permanente et objective, au sens où nous l’avons définie précédemment. Signalons qu’une méthode peut utiliser des techniques pour obtenir des résultats intermédiaires. Ainsi les méthodes de traitement de données peuvent utiliser des techniques d’analyse de contenu.

II.1.4. Démarche : une nouvelle catégorie

Les trois modalités de réalisation précédentes sont déterministes, ce qui signifie qu’elles produisent quasi immanquablement le résultat voulu, pourvu qu’elles soient parfaitement appliquées. Elles sont objectives, c’est-à-dire qu’elles ne dépendent pas de l’implication des sujets les utilisant. Enfin ce sont des procédures, ce qui veut dire que la séquence de leur déroulement doit suivre un ordre prédéterminé, faute de quoi leur efficacité n’est plus garantie. Ces trois caractéristiques les rendent impropres à réaliser ce que demande la recherche-action, car celle-ci exige l’élaboration de savoir-faire qui respectent la liberté des acteurs, c’est pourquoi nous sommes conduits à définir une nouvelle catégorie de savoir-faire sous le nom de démarche.

La démarche ne s’oppose ni aux méthodes, ni aux techniques, ni aux modes opératoires, bien au contraire elle les utilise, mais elle n’en est pas prisonnière. Dans le déroulement d’une démarche, le pilote évalue constamment les savoir-faire qu’il utilise par rapport à la finalité qu’il poursuit et en fonction de la situation dans laquelle il se trouve. S’il existe un mode opératoire ou une technique ou encore une méthode qui puisse donner un résultat qui satisfasse la finalité poursuivie, il l’utilise. S’il s’aperçoit que la méthode, la technique ou le mode opératoire, ne lui permet pas d’atteindre le but qu’il vise, ni les valeurs qu’il veut respecter, il l’abandonne, pour ré-envisager tout à la fois la définition de sa finalité et les moyens à utiliser pour l’atteindre. Il se trouve alors face à l’alternative suivante : a) Il existe une autre méthode, technique ou mode opératoire qui est adaptée à la poursuite de ses finalités, dans ce cas il l’adopte, b) Il n’existe pas de méthode adaptée à la finalité qu’il s’est défini. Dans ce cas, il invente le chemin et les outils qui lui sont nécessaires pour poursuivre sa finalité. Nous appellerons « cheminement local » (ou heuristique locale) cette invention.

Contrairement à une opinion répandue, nous pensons qu’il existe presque toujours la possibilité d’élaborer une heuristique locale. Les cas où le pilote se trouve totalement démuni sont extrêmement rares. Ce sont les cas où il se heurte à des limites physiques, ou lorsqu’il se trouve dans des cas de situations sociales extrêmes (coercition sociale extrême). Une heuristique locale ne vaut que pour la situation dans laquelle elle a été inventée. Elle n’est ni permanente, ni universelle. C’est pourquoi nous la qualifions de « locale ». Elle ne garantit pas une validité universelle et permanente du résultat par rapport à des critères donnés, comme la méthode.

Catégories de savoir-faire Utilisateur du savoir- faire Entités auxquelles s’applique le savoir- faire
Mode opératoire Opérateur Matière, machine, ustensile
Technique Technicien, Ingénieur Objets soumis à des lois déterministes
Méthode Chercheur Gisements d’information
Démarche Participants à la démarche Personnes humaines / Créateurs de liens sociaux / Systèmes sociotechnique
Tableau 1 : Les différentes catégories de savoir-faire

III. LA DEFINITION DE LA RECHERCHE-ACTION EN TANT QUE DÉMARCHE

III.1 Le rôle des participants dans une démarche de recherche action (DRA)

Une DRA n’est pas un processus objectif, elle dépend directement de la subjectivité des individus qu’elle implique, c’est-à-dire qu’elle dépend étroitement des dispositions intérieures de ceux qui sont concernés par sa mise en œuvre. Elle dépend en effet, des dispositions intérieures des chercheurs car ils sont parties prenantes de la situation. Elle dépend également de la subjectivité des personnes concernées par l’action, car elle demande leur compréhension et leur implication. Ces personnes sont donc des acteurs dans la démarche et non des objets passifs. En effet, l’évaluation continue qui caractérise la démarche ne peut être efficace que si chercheurs et usagers sont impliqués en tant que personnes dans la situation, de plus, lorsqu’une démarche invente une heuristique, celle-ci fait appel à des interactions entre chercheurs et usagers qui sont les uns et les autres amenés à se situer en tant que SUJETS présents dans la situation. Leurs personnalités et leurs valeurs sont concernées. Cela implique qu’une recherche action doit donc se dérouler dans le cadre d’une éthique qu’ils acceptent et partagent.

La démarche se définit donc comme un processus de réalisation d’une finalité, dans lequel les acteurs possèdent une très grande autonomie pour définir les cheminements et les moyens utilisés.
Au sein d’une démarche, ils ont la possibilité de redéfinir la fin et les moyens en fonction du chemin accompli, de l’état de la situation. Ils doivent tenir compte aussi de l’intrusion possible d’éléments ou d’événements inattendus. Dans cette perspective une recherche action développe un apprentissage mutuel entre chercheurs et usagers. Une démarche se singularise par rapport aux autres catégories de savoir-faire parce qu’elle dépend des interactions qui apparaissent entre les personnes qui sont parties prenantes de la situation, elle possède donc outre son caractère local, une forte dépendance vis-à-vis de la qualité sociale de leurs relations. Pour réussir, une recherche action demande que toutes les personnes impliquées développent des relations de confiance et de coopérations, et constituent une communauté centrée sur l’apprentissage et qui acquiert des compétences tant individuelles que collectives pour réussir le changement visé.

La DRA se définit comme une démarche et non comme une méthode. Elle reconnaît qu’elle agit dans des domaines où elle doit prendre en compte des degrés de liberté beaucoup plus nombreux et que la complexité impliquée par ces degrés est trop grande pour qu’elle puisse n’utiliser que des modes opératoires, des techniques et des méthodes.

IV.2. Projet et Trajet

La recherche action ne se définit pas comme un projet, mais comme un trajet (T. Liu, 2018). Un projet se décrit par une suite d’activités connues aboutissant à un résultat connu, à réaliser en suivant des règles instrumentales établies, en mobilisant des ressources disponibles stockées quelque part au préalable. Or, les dilemmes de la recherche action, évoqués plus haut, vont créer pour chaque acte, des choix qui impliquent des possibilités non anticipées et parfois des conséquences perverses, car un acte n’est pas une règle instrumentale, mais une transformation de la situation. Par ailleurs, les réalisations dérivant de ces choix reposent sur des potentialités qui peuvent être actualisées ou non, selon l’action enclenchée et les conditions locales. La recherche action est donc un trajet qui se détermine et s’élabore en marchant. Le trajet d’une recherche action est chargé de pièges, des événements inattendus peuvent surgir. Ces derniers apporteront des ressources à identifier et utiliser, et/ou des obstacles à surmonter. Des échecs sont possibles. Une recherche action n’est jamais sûre d’atteindre le but qu’elle s’était fixée au départ, elle pourra changer de cap, mais même dans ce cas, elle aura des résultats bénéfiques en termes d’apprentissage et de développement social. En effet, comme nous l’indiquons ci-après (voir tableau 3), les résultats d’une recherche action se déploient selon quatre dimensions.

Au milieu des années 1990, la compréhension de la DRA s’est approfondie et sa méthodologie s’est stabilisée selon deux directions principales. En premier lieu elle s’est établie en tant que mode à la fois de recherche fondamentale et de réalisation de projet innovants. Elle s’affirme comme une approche originale ; elle se sépare de l’activité de conseil et se distingue de la recherche appliquée, en résolvant les difficultés qu’elle rencontre d’une manière qui lui est propre en remontant aux sources de la situation problématique. Cette originalité fonde les quatre caractéristiques, que présente le tableau 2

La démarche de recherche-action
Elle se définit par quatre éléments qui fondent son originalité :

  1. une rencontre entre : une intention de recherche (chercheurs) et une volonté de changement (usagers)
  2. un objectif unique, mais dual [1] : résoudre le problème des usagers et faire avancer les connaissances fondamentales
  3. un travail en commun en vue de résoudre le problème, qui est un apprentissage mutuel entre chercheurs et usagers
  4. un cadre éthique négocié et accepté par tous
Tableau 2 : Définition de la Démarche de Recherche-action.



En second lieu, la recherche-action se révèle être efficace pour obtenir des résultats qui ne pourraient être atteints par d’autres voies, tels que : définir une politique nationale de développement industriel tel que le mouvement de Démocratie Industrielle en Norvège (Thorsrud E. 1974) ; changer les modes d’organisation du travail vers des formes plus démocratiques par la mise en place d’équipe semi- autonomes en France, transformer des équipements industriels pour améliorer la qualité de vie au travail par des processus négociés entre direction, partenaires sociaux et salariés sociaux (Liu M. 2013). Ces expériences s’étendant sur trois décennies, ont permis de mieux découvrir les potentialités de la recherche action qui se manifestent dans ses résultats. Ceux-ci sont multiples et peuvent être classés en quatre catégories (voir tableau 3), dont les deux dernières n’étaient pas anticipées ; elles ont émergées des expérimentations.

Les caractéristiques et les résultats des tableaux 2 et 3, définissent et spécifient la DRA. Ils sont des critères discriminants de la DRA vis-à-vis des autres courants de la recherche action

Les résultats de la démarche de recherche action
  1. Des démarches transférables de résolution des problèmes concrets
  2. Des connaissances de recherches fondamentales validées par l’expérimentation
  3. La formation d’une communauté d’apprentissage développant des compétences sociales et instrumentales, individuelles et collectives
  4. Des questionnements nouveaux pour des études ultérieures, qui n’auraient pas été posés, si la recherche action n’avait pas eu lieu.
Tableau 3. Les résultats de la DRA

IV. Les autres courants de la recherche action

Comme nous l’avons dit en introduction, la DRA n’est qu’un des courants de la recherche action. Cette diversité est apparue très tôt et s’est beaucoup développée. Ainsi au début du 21è siècle, pour Reason and Bradbury (2008) : « La recherche action est une famille de pratiques issues des questionnements de la vie quotidienne, qui visent à travers une grande variété de manières, à relier les idées et les pratiques au service de l’épanouissement humain. » Dans leur article publié en 2015, Nicodemus, B., & Swabey présentent ainsi la recherche action : « Le terme "recherche action" chapeaute plusieurs approches qui ont émergées de diverses traditions de recherche, et les chercheurs ont des perspectives divergentes sur ce qu’elle est, pourquoi elle existe, et qui peut la réaliser ».

Comment se fait-il alors que l’intention si fortement exprimée par Lewin de proposer la recherche action comme la nouvelle voie transformer la recherche fondamentale, n’ait pas été reprise par ces successeurs ni reconnue comme telle ? Un fait et des raisons majeures l’expliquent :

  1. Lewin est mort subitement en 1947, l’article où il annonce la recherche action a été publié à titre posthume [2]. Il n’a pas pu développer sa conception de la recherche action, ni sa méthode mais simplement esquisser les raisons de sa nécessité ; ses successeurs immédiats se sont trouvés dans la situation de devoir concrétiser ce qu’était la recherche-action et ont donc ont été confrontés aux problèmes concrets de sa réalisation. Ils se sont concentrés sur ce qu’est la pratique de la recherche-action et en ont proposé plusieurs approches, sans s’interroger sur la portée que Lewin lui donnait.
  2. La notion de recherche action apparaît très évidente et très intuitive, tout le monde admet que l’on n’agit pas sans réfléchir et que l’on réfléchit avant d’agir. Une multitude d’acteurs se sont donc emparés de la notion pour l’utiliser à leur guise, ouvrant ainsi la notion en fonction de leur créativité.
  3. La rupture introduite par la recherche action heurtait de plein fouet le paradigme positiviste de la connaissance scientifique officielle de l’époque, ce qui fait que les chercheurs institutionnels n’ont pu ni la comprendre, ni l’accepter. Les chercheurs favorables à la DRA ont été ostracisés et rejetés des universités et des laboratoires.

Par ailleurs, la recherche action du courant DRA, qui nous semble la plus proche de l’intention initiale de Lewin, est très exigeante. Du côté de la recherche, elle exige une rupture paradigmatique pour asseoir une révolution scientifique, du côté des pratiques, la DRA demande des efforts constants et patients pour résoudre les dilemmes qui surgissent de l’objectif dual de la recherche fondamentale et de l’action, des écarts culturels entre les chercheurs et les professionnels sur des enjeux fondamentaux que sont : 1) les valeurs : primauté de la connaissance ou du profit, efficacité hiérarchique ou égalité démocratique ? 2) le cadre éthique : modifier la société ou la contester et la combattre ? 3) la durée du trajet : temporalité de la recherche ou celle de l’action ?

Bref, la tentation est grande de réduire la recherche action soit en revenant à un seul objectif et donc d’écarter l’un des deux partenaires, soit de demander à un seul individu ou groupe de réaliser ces deux objectifs.

Au cours de l’évolution de la recherche action, toutes les voies de réduction ont été suivies ou essayées. Citons dès les années 1950-1960, l’essor du mouvement Organization Development, basée sur la dynamique de groupe, qui abandonnera l’objectif de recherche fondamentale pour adopter celui de la recherche appliquée. Il aura l’élégance de le déclarer, et d’adopter un nouveau nom, avant de devenir une activité de consultants et de disparaître vers les années 1980-1990, faute de renouvellement. A partir des années 1970-1980, certains courants abandonnent toute velléité de recherche fondamentale ; la recherche action devient pour eux une action suivie d’une évaluation, pour en faire un retour sur expérience. D’autres « chercheurs officiels » irons jusqu’à proposer des diagnostics de situations aux entrepreneurs ou aux hommes politiques, pour les éclairer sur les problématiques qu’elles recèlent, mais sans vouloir s’engager dans leur mise en œuvre, pour ne pas y introduire leur subjectivité, et y faire entrer d’autres enjeux que celui de la pure recherche de la vérité.

Il est intéressant de constater qu’aujourd’hui, 80 ans après, ces tendances existent toujours dans le sillage de la recherche action avec leurs aspects positifs et négatifs. Ainsi, une multitude de définitions existent parmi les chercheurs/praticiens de la recherche action. Cela maintient l’ouverture de la notion et permet le développement de potentialités nouvelles, mais a pour inconvénient d’élargir l’extension de la notion parfois jusqu’à sa quasi dissolution, et demande que l’on redéfinisse le terme recherche action à chaque fois qu’on l’évoque. La majorité des institutions académiques restent réticentes à reconnaître la recherche action comme une démarche légitime de recherche fondamentale, ce fixisme a indubitablement favorisé l’apparition de nouvelles épistémologies de la connaissance comme par exemple le paradigme du constructivisme radical (Glasenfeld E. von, 1981) ou la notion de « savoir situé » (Lave J.,1991) ainsi que dans leur sillage les communautés épistémologiques et les communautés de pratiques qui en découlent. Enfin, en se conjuguant avec des mouvements de lutte contre l’oppression et l’exclusion (Freire P., 1974, Defraigne-Tardieu G., 2012), dans certaines institutions « avant-gardistes » la recherche a quitté « l’alma mater » des universités et des laboratoires pour devenir plus participatives et plus démocratiques, et pour reconnaître, à chaque communauté humaine, la dignité de pouvoir élaborer une connaissance qui lui soit propre, à partir de son expérience de vie.

Ce trop rapide survol historique montre que la recherche action n’a pas épuisée toutes ses potentialités de développement et de découvertes. Cependant, on constate deux tendances qui se reproduisent au cours de cette histoire. En premier lieu, lorsque l’un des deux objectifs est abandonné, la recherche action revient rapidement soit à la recherche normale légitimée, soit se transforme en un courant professionnel d’aide au changement qui s’épuise à plus ou moins long terme ; faute du renouvellement qu’aurait apporté un effort de recherche fondamentale pour approfondir la connaissance des dynamiques complexes d’évolution des systèmes sociotechniques et résoudre les difficultés qu’elles posent. En second lieu, dans les courants où une tension maintient la dualité de l’objectif et lorsqu’un dialogue s’établit entre les tenants de la recherche et ceux de l’action, l’apprentissage mutuel qui se développe redécouvre les caractéristiques de la DRA. Nous pouvons illustrer cette deuxième tendance, en citant des définitions que suscite la recherche action au XXIe siècle. Pour Reason and Bradbury (2008) :

« La recherche action n’est pas tant une méthodologie qu’une orientation à s’interroger, qui crée des communautés participatives d’investigation dans lesquelles les qualités d’engagement, la curiosité, et les questionnements portent sur des résultats pratiques. »

Stringer (2014) précise que :

« Les études sont conduite par des chercheurs et des praticiens (les praticiens étant considérés non seulement comme des "produisants" (individus possédant une compétence pratique), mais aussi capable de réfléchir, (individus qui sont compétent pour débattre des questions à propos de la connaissance et capable de générer des idées). »

McNiff and Whitehead (2011) affirment :

« Les chercheurs praticiens s’efforcent d’élaborer des théories pour transformer ce savoir en nouvelles connaissance qui bénéficieront aux autres. »

Ces descriptions de la recherche action reprennent les caractéristiques discriminantes de la DRA telles que : le travail commun entre acteurs et chercheurs, la transférabilité des savoirs en matière de changement social, la création de communautés apprenantes, etc. …

Toutefois l’intention de Lewin d’asseoir la recherche action comme une démarche de recherche pour sortir les sciences humaines et sociales hors du positivisme à partir d’un paradigme nouveau, n’est pas évoqué. Cependant, il n’a jamais été abandonné par les tenants du courant DRA, comme en témoignent les travaux de F. Emery (1973, 1977), P. Herbst (1962,1976) M. Liu (1990), E. Thorsrud (1972), qui ont commencés dans les années 1960-1970 et fait avancer les questionnements épistémologiques sur la recherche action et en ont approfondi les fondements.

Ces travaux rejoignent des courants anciens du XIXe siècle [3] et d’autres plus actuels de réflexion au sein des sciences de l’homme, tels que la grounded theory (Glaser B., Strauss A.1967), l’ethnométhodologie de H. Garfinkel (1967) aux Etats Unis, ceux de J.C. Passeron (2006) et de J.P. Olivier de Sardan (2008) en France, qui s’efforcent eux aussi de progresser dans le fondement d’une épistémologie des sciences sociales.

En refondant l’unité de la recherche et de l’action en une seule activité duale, Lewin ne voulait pas seulement établir l’intégration des sciences humaines entre elles, mais intégrer toutes les sciences : celles de la nature, de la vie, de l’homme et de la société. En témoigne sa propension à prendre les concepts des sciences physiques : la notion de champ de force, d’équilibre dynamique, des sciences de la vie : la notion de construction dynamique et de transformation évolutive, pour les utiliser en psychologie sociale au sein une approche holiste où l’intégration et la différenciation se conjuguent et dont la démarche serait la recherche/action.

La perspective d’avenir de la DRA s’annonce et s’affirme par la multiplication des indicateurs qui dans toutes les disciplines indiquent que la connaissance scientifique doit rendre intelligible des phénomènes complexes et incertains. Mais également, ceux radicalement inconnus, qui émergeront des potentiels que génèrent les interactions entre les éléments présents dans toute situation. La connaissance scientifique doit anticiper les transformations souterraines [4] en cours, qui échappent à notre perception car elles ne se manifestent qu’à partir de signaux faibles et lents. La DRA, parce qu’elle associe organiquement la recherche à l’action dans une situation donnée, permet d’affiner la perception de ces signaux faibles, à travers les résistances qui s’opposent à la faisabilité. De ce fait, les diagnostics successifs de la situation se précisent et les moyens d’agir également. La situation devient un terrain d’apprentissage pour déchiffrer la complexité, et former les participants de la DRA par leurs échanges à partir de postures différentes. Ces échanges créent une communauté d’apprentissage qui accueille l’inconnu et réalise des innovations radicales.

Dans cette vision, la recherche action apparaît comme une voie pour réaliser des utopies.

Références

  • Bennis W. 1969, Organisation Development, Addison Wesley Pub. Co., Reading, Mass. USA.
  • Defraigne-Tardieu, G. 2012, L’Université populaire Quart Monde. La construction du savoir émancipatoire. Presses Universitaires de Paris Ouest.
  • Emery F., Trist, E.L 1974, Towards a Social Ecology, Plemur Rosetta Edition, New-York.
  • Emery F. 1977, Futures we are in, Martinus Nijhoff, Social Sciences Division, Leiden.
  • Freire, P. 1974, Pédagogie des opprimés suivi de Conscientisation et Révolution, Paris, Petite collection Maspero.
  • Freund J. 1973, Les théories des sciences humaines, Paris, PUF.
  • Garfinkel H. 1967, Studies in Ethnomethodology, Englewoods Cliffs NJ, Prentice Hall.
  • Glaser B. Strauss A. 1967, The discovery of grounded theory, Chicago, Aldine.
  • Glasenfeld E. von 1981, « Une introduction au constructivisme radical ». In L’invention de la réalité, réalisé sous la direction de P. Watzlawitz, Paris, Le Seuil.
  • Herbst P 1976, AIternatives to Hierarchies, Martinus Nijhoff, Social Sciences Division, Leiden.
  • Herbst P. 1974, Socio-Technical Design, Tavistock Publications, London.
  • Jullien F. 2009, Les transformations silencieuses, Paris, Grasset.
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  • Lewin K 1951b, « Problems of Research in Social Psychology » in Field Theory in Social Science, Harper and Row, N Y.
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  • Lewin K.1939, « Field Theory and Experiment in Social Psychology », American Journal of Sociology 1939, 44, 868-897.
  • Lewin K.1943b, « Forces behind food habits and methods of change », Bulletin of the National Research Council 1943, 108, 35-65.
  • Liu M. 1990, « Problèmes posés par l’administration de la preuve dans les sciences de l’homme », Revue Internationale de systémique, Vol 4, N°2, pp 267-294.
  • Liu M. 1997, Fondements et pratiques de la recherche action, Paris, l’Harmattan
  • Liu M. 2013, La dynamique des organisations : l’émergence des formes démocratiques, Paris, l’Harmattan
  • Liu Tiphaine 2018, Les formations à l’innovation entre tradition et rupture. Thèse Education. Université Paris-Saclay.
  • Olivier de Sardan J.P., La rigueur du qualitatif, Louvain-la-Neuve, Academia Bruylant
  • Guillaume P. 1979, La psychologie de la Forme, Flammarion, Paris, réédition.
  • Passeron J.C. 5 (2006), Le raisonnement sociologique, Paris, Albin Michel
  • Rapoport R.N 1970, « Three dilemma in Action Research Human Relations », vol. 23, No 6, 499-513. Traduction : « Les trois dilemmes de la recherche-action » Connexions 1973, No 7.
  • Reason, Peter, and Hilary Bradbury. (eds.) 2008, the SAGE Handbook of Action Research : Participative Inquiry and Practice. 2nd ed. London : Sage.
  • Stringer, Ernest T. 2014. Action Research. 4th ed. Thousand Oaks Ca, Sage.
  • Thorsrud E. 1972, « Policy making as a learning process », in Cherns A.B., Sinclair RJenkins W.J. (eds). Social Science and Government London, Tavistock.
  • Thorsrud E. 1974, « Collaborative action research to enhance the quality of Working Life », in Expériences in Action-Research, Clark. A.W. and Foster P. (eds), London, Jossey-Bass.
  • Whitehead, Jack, and Jean McNiff. 2006. Action Research : Living Theory, Thousand Oaks Ca, Sage.

[1Par « objectif unique mais dual », nous entendons un seul objectif comprenant deux faces inséparables, tel une pièce de monnaie.

[2Nous reproduisons ci-après la note de l’éditeur :
« When Professor Lewin wrote the article which appeared in the first issues of HUMAN RELATIONS, he planned to follow it with a second. Before his untimely death he was working on the manuscript of this article. Although it was far from finished and in a very preliminary form, what he had written seem sufficiently complete to warrant publication. The present organization of the material has ben made by the editors from the manuscript which Professor Lewin had prepared. »

[3Voir sur ce point : Freund J. (1973)

[4Voir Jullien F. (2009)

Posté le 16 avril 2022 par Michel Liu