Les éducateurs de rue à l’épreuve du confinement et du télétravail

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En temps normal, où chacun effectue ses 35 heures hebdomadaires sur son lieu de travail, le travail à la maison est mal vu. Et pourtant depuis presque un mois, aussi invraisemblable que cela puisse sembler, c’est depuis chez nous qu’il se fait. On a ramené au sein de notre cellule familiale, la vie associative, celle de notre équipe et surtout celle de notre public.

En effet, notre statut est maintenant celui de télétravailleur. Le déplacement sur le territoire n’est pas autorisé et l’accès aux locaux non plus. Cantonné à n’avoir qu’une visibilité limitée du territoire, bien démuni est l’éducateur de rue. Il est relégué à un travail de distance à travers des barrières de téléphonie ou de réseaux. Le voilà confronté à de nouvelles nécessités.

Une nécessité de travailler avec son téléphone :

Notre lieu de travail devient inexorablement notre domicile, qu’il soit adapté ou non à cette tâche. Là encore comme chez le public, on constate des différences de confort pour ce fameux télétravail. Certains vivent seuls ou à deux, sans enfants, tandis que d’autres se retrouvent « chargés de famille » avec la gestion d’une maison remplie d’enfants à occuper et à superviser sur la scolarité. Des deltas se font également avec le lieu de résidence et la taille du logement.

Pour autant, nous sommes égaux sur un élément c’est notre téléphone professionnel. Celui-ci doit nous permettre de contacter surtout les jeunes et les familles ainsi que nos collègues et partenaires. Celui-ci nous permet, tant à travers des logiciels que des applications, de continuer notre travail sous une certaine forme. Bien sûr, le travail sur le numérique dans les réseaux n’a pas débuté avec le confinement. Mais ce dernier est propice à intensifier nos réflexions.

Comme évoqué dans un précédent article , il faut aller là où sont les jeunes et se posent ensuite de multiples questions sur la méthode.

Notre téléphone portable est donc notre outil de travail central et c’est là que « bât-blesse. »

La nécessité de planifier son travail :

Au bout de 15 jours, un constat s’est imposé, les yeux sont rivés en permanence sur ce « foutu » téléphone. Chaque éducateur veut se rendre disponible auprès des jeunes et de l’association. Chacun veut faire perdurer, malgré la crise, les missions qui sont les siennes. Cela ne s’appuie pas sur les mêmes ressorts en fonction des individus, mais le constat est partagé.

Beaucoup ne sont pas tombés dans l’écueil de téléphoner à tous les jeunes dès le premier jour, car la notion de respect de l’Autre, de son intimité, était dans nos têtes. Toutefois, nous nous sommes oubliés au passage. Oubliez dans le sens, où nous avons voulu nous rendre ultras disponibles, sur tous les supports possibles, sans aussi bien organiser notre journée de travail.

L’organisation, c’est quelque chose que chacun a dû effectuer à son échelle concernant ce fameux télétravail. Nous avons dû apprendre à lâcher notre téléphone portable certaines heures, à ne pas vérifier toutes les 10 minutes si nous avions été sollicités.

Il faut une organisation en équipe pour se répartir les jeunes, familles et partenaires à contacter pour être dans la bonne fréquence et proximité. Mais aussi une organisation personnelle pour étaler son travail soit en termes de télé accompagnement (eh oui, le terme se répand et développe), soit en termes de prise de nouvelle du quartier ou encore en termes d’écriture de document professionnel.

Conclusion

Car il faut bien avouer, et je finirai mon propos là-dessus, que la tâche de travail a considérablement diminué pour les éducateurs et qu’il s’agit maintenant de rester vigilant dans « la lecture des réseaux » comme nous pouvons l’être dans « la lecture de la rue ».

Posté le 14 avril 2020 par Audrey Gautier