Projet de recherche-action participative sur la violence chez les jeunes

, par BenjaminGrassineau

Il s’agit d’un texte adressé à Nicolas Ordener par courriel, dans le cadre de sa participation à l’association MARSS. Ce texte explique les grandes lignes du projet dans lequel le réseau CEDREA, l’APSAJ ainsi que d’autres organisations, sont engagés.

La compréhension et la résolution du « problème » de la violence chez les jeunes au travers de l’approche causale, butent systématiquement sur la complexité des situations étudiées. Il est vrai que les facteurs supposés agissant sont très nombreux et embrassent des domaines très différents (justice, drogue, urbanisme, pauvreté, psychologie, acculturation, discrimination, histoire et identité des quartiers, etc.). Il s’en suit que les « solutions » mises en œuvre dans le cadre de cette démarche, sont le plus souvent fragmentaires et inefficaces. Lorsqu’une cause est identifiée - ou supposée identifiée -, un dispositif technique est parachuté d’en haut, dans une logique très directive et sécuritaire, et son application, rarement exempte de toute discrimination, a bien souvent les effets inverses de ceux qui étaient escomptés.

Partant de ce constat, l’ambition de la recherche-action que nous mettons en place à Paris, dans les quartiers du XVIIIème et du XIXème arrondissement, est d’offrir aux jeunes qui le souhaitent, des ressources pour trouver par eux-mêmes et pour eux-mêmes des solutions leur permettant de s’extraire des situations de violence dans lesquels ils sont captifs, mais aussi d’apprendre à les éviter et à les prévenir. Quand on parle de violence, il peut s’agir de « rixes » proprement dites, consistant en l’affrontement de bandes rivales dans la rue, ou d’un engrenage de violences plus diffuses qui jalonnent leurs trajectoires d’entrée dans l’âge adulte. Notre approche n’est pas à priori causaliste, au sens où « la question » (qui n’est pas posée comme « allant de soi ») de la violence chez les jeunes et la recherche de ses origines, laissent place à une démarche qui part de leurs propres besoins et fait appel à leurs propres capacités de résolution des problèmes, de construction de savoir et d’adaptation. La finalité que nous espérons partager avec eux est qu’ils s’émancipent ainsi à la fois de leur environnement - ou au contraire apprennent à le valoriser - et des institutions (école, salariat...) qui les mutilent et les assignent dans des territoires spatialement et socialement délimités. Notre hypothèse de travail est qu’un développement « endogène » permettra d’y parvenir de façon plus satisfaisante.

Mais cela suppose de leur proposer un certain nombres d’outils « conviviaux », de leur fournir des leviers d’action, de communication et de co-construire avec eux des savoirs allant dans ce sens. C’est pourquoi nous sommes à la recherche d’échanges de connaissances et d’expérience avec des groupes de recherche-action participative (ce qui n’exclut pas d’autres approches) fondées sur des principes d’autonomisation et d’entraide directe entre pairs. A ce tire, nous sommes particulièrement sensibles à la question de la déviance, dans la mesure où le contexte où ces jeunes évoluent est jalonné de pratiques, de marqueurs identitaires en opposition ou en retrait avec la « culture dominante », et qui deviennent de ce fait invalidants (discrimination, violences policières, etc.) et concourent à leur exclusion.

C’est en partie ce qui m’a poussé à faire le rapprochement avec des expériences d’entraide directe entre personnes mentalement différentes - en partie d’inspiration rogérienne, me semble-t-il. Certain.e.s d’entre nous ne connaissent pas les expériences d’aide entre pairs, bien qu’ils les pratiquent partiellement de facto dans leur travail de prévention spécialisée ou dans leur travail associatif. Je pense donc qu’il pourrait être très constructif d’échanger avec votre association, et d’essayer d’en faire émerger : 1. des invariants dans les logiques politiques, sociales et économiques appliquées à des déviances de différente nature, 2. une prise de recul par rapport à nos pratiques respectives, 3. un partage de savoirs, de « techniques » et de réflexions qui nous enrichiraient mutuellement.

Actuellement, dans le cadre du Labo de l’APSAJ (Association de Prévention Spécialisée et d’accompagnement des jeunes) plusieurs organisations ont commencé à initier cette recherche-action participative :

  • L’APSAJ, association de prévention spécialisée,
  • Le CEDREA, un réseau composé de chercheurs académiques et indépendants et d’acteurs chercheurs qui utilisent la démarche de recherche-action dans leur travail de recherche,
  • L’IRTS (Institut Régional de Travail Social) de Paris,
  • Le CNAM de Paris,
  • L’ASCEAF (Association Socio Culturelle et d’Entraide aux Familles).

Voir en ligne : MARSS