Réflexion sur la radicalisation

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Dans le cadre de nos réflexions communes sur la violence des jeunes, évoquées dans le laboratoire de recherche-action, aborder les phénomènes de radicalisation semble inévitable.

C’est donc dans l’optique de participer activement à l’étude de ces processus qui concernent parfois les jeunes et les populations de nos territoires, et qui génèrent pour l’ensemble de la population des questionnements et des inquiétudes, que je tenais à vous faire part, au moyen d’un écrit au format particulier, de ma démarche réflexive.

Aussi, ce sujet complexe qui renvoie au fonctionnement-même des organisations sociétales ainsi qu’à la structuration individuelle ou collective des personnes qui y adhèrent, se doit d’être extrêmement détaillé et étayé afin d’en établir les causalités, car le travail de recherche dans ce domaine reste autant sensible que technique.

C’est pourquoi, en lien avec notre volonté commune de permettre une parole la plus diversifiée possible sur tous les thèmes abordés lors de nos échanges, j’ai souhaité, à mon tour, proposer une réflexion partielle et certainement très incomplète, via un format moins formel.

En effet, si « le pouvoir des mots » a été exprimé à plusieurs reprises dans nos travaux, j’ai voulu, lors de la période inédite de confinement, appréhender cette thématique sous le prisme de la poésie.
Sans avoir, bien sûr, de prétentions littéraires et encore moins une démarche qui vise à expliciter rigoureusement les raisons qui pourraient accréditer scientifiquement ces phénomènes, j’ai toutefois souhaité mettre en avant dans ce texte, certaines réalités qui ont un impact probable, de manière consciente ou non, sur la contextualité situationnelle des individus et des faits.

Le vieillissement des populations européennes, le manque d’espoir des jeunes ou la perte d’investissement dans des structures d’Etat providentielles alors évoquées dans ce texte, sont présentés ici de manière symbolique et métaphorique. Ce choix moins protocolaire et moins factuel pourrait permettre d’avoir un prisme de regard différent, moins clivant, moins spécifique et par conséquent davantage abordable pour tous.

Prélude à des réflexions plus abouties et plus complètes, cet exercice, réalisé au mois d’avril 2020, m’a donné l’occasion de prendre du recul et une vision plus globale sur ce sujet.

J’espère que certains concepts évoqués dans le texte susciteront des réflexions plus approfondies sur chaque notions présentées : la place des jeunes dans des sociétés vieillissantes, la transmission de valeurs clivantes voire haineuses ou encore la perte d’espoir dans un bien commun utile à tous au profit, ou non, d’un basculement plus ou moins intense, dans la spiritualité mais également plus individualiste.

Toutes ces notions mériteraient de faire l’objet d’études plus développées qui, associées à un processus plus rigoureux, permettraient d’établir des observations et des constats plus fiables afin d’en légitimer la pertinence.

« Héritage »
 
Lorsque l’on a choisi de léguer,
A ceux qui meurent, plus qu’à ceux qui naissent,
Le pouvoir de décider,
Pour ceux du futur et pour tous ceux qui restent,
 
D’un avenir penser, surtout par nos faiblesses,
Sans avoir transmis l’histoire, mais seulement la détresse,
De nos problèmes d’hier, de nos anciennes promesses,
De nos peurs séculaires, sans que jamais n’apparaisse,
 
La souffrance des enfants, les craintes de la jeunesse,
Trop occupés par la survie du présent qui ne laisse,
Que peu d’espoir dans une existence terrestre,
A peine une place dans des mémoires de tristesse,
 
Il ne reste alors plus rien,
Que des cimetières et des larmes,
De légendes redondantes et de souvenirs lointains,
De la couleur du feu, de la valse des flammes,
 
Qui ont nourri chacun,
Que l’on soit homme ou femme,
De rancœurs infinies, d’impossibles demains,
Où seule l’issue fatale, sans lumières et sans charmes,
 
Où des torrents de sang recouvrent les chemins,
Tracés depuis longtemps, par les sillons de nos lames,
Désormais seuls les dieux peuvent soumettre un destin,
Tyrannique et violent, sans esprits et sans âmes.

Selles sur Cher, avril 2020,

DOUSSAUD Sébastien
Educateur en prévention spécialisée
Association APSAJ

Posté le 9 septembre 2020 par Sébastien Doussaud